Le prix Maurice de Gheest qui s’est couru ce dimanche 8 août 2010 à Deauville a donné lieu à une arrivée intéressante en termes de rapports, alors qu’elle était somme toute pas si difficile à déchiffrer que cela. Pour trouver le couplé gagnant, il suffisait de glisser le meilleur élément étranger, d’ailleurs en tête du pronostic de Zeturf, à savoir Regal Parade, entraîné par un Nicholls et monté par l’autre, avec le Français, Joanna, que Christophe Soumillon a mené au mieux pour le compte de Jean-Claude Rouget (alors que, finalement, Marchand d’Or n’était pas aligné au départ).
Si la course eut d’excellent rapports, c’est aussi parce que le troisième, lui, était un outsider, de même que le quatrième, pour les , bien juteux en l’occurrence.
Photo de la semaine : Regal Parade, l’outsider qui régale
Les courses de groupes et les courses à conditions
Il ne s’agit à proprement parler de jargon hippique cette semaine au sens d’expression amusante à connaître, mais plus d’une explication de texte. Je lis de ci de là, régulièrement, les commentaires et autres pronostics qu’il est question de différentes sortes de courses, que l’on finit par connaître à force, ou plutôt que l’on croit connaître, alors il vaut dire (écrire) clairement les choses.
Le plus souvent, les courses de galop réservées à la course du quinté sont des courses à conditions. Il s’agit de courses qui suivent des conditions d’admission, que l’on pourrait aussi appeler des courses à catégories, car ces conditions correspondent au niveau des chevaux. Ainsi, le top du top, ce sont les groupes I ; les groupes II et groupes III sont réservés aux excellents chevaux, jamais un tocard ne peut gagner une Listed, et ensuite on décline l’alphabet : les groupes A sont d’un bon niveau, les groupes B un peu en-dessous, puis viennent les groupes C, D, E, F, et enfin G. C’est cela une course à conditions, sachant qu’il existe aussi des courses à réclamer, dont nous avons déjà parlé, où tous les chevaux sont à vendre, et où le poids porté par le cheval ne correspond pas à sa valeur intrinsèque mais à sa valeur marchande (à sa mise à prix dans le réclamer en fait), et enfin également des courses à handicap (également déjà évoquées) où un cheval prend du poids (ce fameux handicap) à chaque fois qu’il gagne… Quand il devient trop lourd par rapport à ses adversaires, il est dirigé vers les courses à conditions où il peut monter de catégorie en catégorie…
Dernière note sur ce vocabulaire, si vous entendez parler de « courses de groupes », il s’agit des groupes I, II et III, c’est-à-dire le must, en aucun cas des groupes avec une lettre. On parle aussi de « courses de sélections », en intégrant, en plus des groupes I, II et III, les Listed, car ces courses sont effectivement des sélections pour les plus grands événements hippiques.
Mill Reef, celui dont on ne put qu’égaler les records
Alors là les amis attention ! Notre série « chevaux de légende » prend, avec cet article, une envergure de premier plan, tant Mill Reef devint LA référence du galop. En fait, au détour d’une phrase ou d’une autre, je vous ai déjà parlé de Mill Reef à trois reprises dans cette série des chevaux de légende, mais indirectement.
Lorsque j’ai évoqué, dans l’article intitulé « Dahlia, cette french demoiselle qui terrassa King George », du record réussi par Dahlia en remportant le King George and Queen Elizabeth Stakes avec 6 longueurs d’avance sur le deuxième, elle égalisait la performance réalisée par Mill Reef quelques années plus tôt. Dans l’article sur « l’éphémère Lammtarra », j’évoquais cette année 1993 où Lammtarra remportait Derby d’Epsom, King George, et Arc de Triomphe, un exploit jusqu’alors accompli que par un seul cheval : Mill Reef. Enfin, quand j’ai dressé le portrait de Dalakhani, cette jument d’exception qui remporta L’Arc de Triomphe en 2003, je vous ai bien dit qu’elle était d’excellente lignée, puisque un certain… Mill Reef figurait parmi ses ancêtres.
Avec tout ça, comment ne pas avoir envie de connaître l’original, celui qui a lui-même établi les records, avant de devenir un étalon dont la lignée poursuit l’œuvre jusqu’à aujourd’hui ?
Alors allons-y. Mill Reef est né en 1968 aux Etats-Unis, mais rejoint rapidement l’Angleterre et l’entraînement de Ian Balding. Son année 1971 figure parmi les plus fulgurantes du palmarès hippique toutes générations confondues. S’il débute par une deuxième place (seulement, serait-on tenté d’écrire) dans les 2000 Guinees Stakes (au grand dam de son entraîneur qui croyait déjà fermement en la victoire), il remporte ensuite le Derby d’Epsom, puis les Eclipse Stakes (un groupe I), avant de faire sien les fameux King George and Queen Elizabeth Stakes, avec au passage une avance record, que nous avons déjà évoquée plus haut. Cette saison 1971 ne devait pas s’achever ainsi, Mill Reef accrocha également le prix de l’Arc de Triomphe, réalisant ainsi une année telle qu’on lui octroya l’un des rating les plus élevés de l’histoire, de 141. Il continua à courir en 1972 avec encore un ou deux succès, mais de moindre niveau. Au total, il courut 14 courses, dont 12 victoires, dont 5 groupes I. Blessé à une jambe à l’été 1972, il voit sa carrière sportive s’arrêter : il va pouvoir s’adonner aux joies du haras… Et aussi aux joies des parieurs de plusieurs générations. Parmi ses descendants de première génération, Shirley Heights remporta le Derby d’Epsom en 1978 et Lashkari la Breeder’s Cup en 1984. Et puis il y a tous les autres, venus lors des générations suivantes, comme Dalakhani citée plus haut, son arrière-petite-fille…
Mill Reef était ainsi encore (ce n’était pas la première fois) tête de liste des étalons en Angleterre et Irlande en 1987, soit un an après sa mort. Il a à ce point marqué l’histoire du turf britannique que les Britishs lui ont rendu hommage en lui élevant une statue, à Newmarket dans le Suffolk (dont les internautes trouveront la photo en faisant la recherche « Mill Reef statue » sur flickr.com).
Notre photo : Mill Reef du temps de sa splendeur, les oreilles fièrement pointées vers le ciel, avec Ian Balding, son entraîneur.

