Les vieux chevaux (10 ans étant la limite d’âge en France pour courir en trot, et les galopeurs allant au-delà de cet âge étant rares) posent parfois un problème aux parieurs… Moi, au contraire, je les aime bien. Bien sûr, ce sont rarement des chevaux à prendre en base, car ils deviennent irréguliers avec l’âge. En revanche, il s’agit typiquement du genre de chevaux capables de faire l’arrivée à grosse cote dans un bon jour.
Oui, je sais, les amateurs de trot pensent aujourd’hui à Meaulnes du Corta. A vrai dire, quand j’ai eu l’idée de cet article, je pensais plus à des chevaux moins huppés, courant des réclamers ou des courses de province. En trot notamment, je surveille toujours les chevaux qui ont été très bons, qui viennent de courir une série de courses en partant aux 25 mètres, et qui finissent par redémarrer au premier échelon au terme de plusieurs contre-performances : pour peu qu’ils soient déferrés ce jour-là, il ne faut pas les rater ! Car la qualité ne se perd pas, c’est juste la faculté à enchaîner les résultats qui, elle, s’édulcore avec les années.
Au galop, en plat, les chevaux courant aussi vieux sont très rares, donc de fait il faut les surveiller du coin de l’œil, un peu comme un joueur de casino usant d’une martingale : après quatre ou cinq zéros, si l’entraîneur continue d’aligner le cheval, ce n’est pas pour rien ! C’est même souvent dans ce type de cas que le parieur réalise ses meilleurs coups : jouer l’extrême outsider juste au bon moment en l’ayant préalablement observé sur plusieurs courses, c’est le top du top !
En obstacles, en revanche, les vieux chevaux sont un peu plus nombreux. Et plus joués aussi. Car la technique du saut l’emporte souvent sur la pointe de vitesse érodée par le temps. Les vieux chevaux savent ne pas fournir trop d’efforts dans un parcours (grâce à leur jockey aussi, bien sûr), et du coup peuvent prétendre, régulièrement, damer le pion à de jeunes loups parfois essoufflés sur le final par une trop débauche d’énergie préalable.
Allez, pensez aux seniors, ne boudez pas les 10 ans !
Notre photo : les trotteurs âgés sont souvent de sortie sur l’hippodrome de Cagnes-sur-Mer…
Alors, êtes-vous remis de votre surprise ? Moi, j’avoue, j’ai du mal ! Les médias nous ont permis de suivre tous les favoris du prix d’Amérique. On savait que Ready Cash préparait le rendez-vous depuis presque un an, que toutes ses courses n’étaient pour lui que des préparatoires à l’événement. Que Meaulnes du Corta avait été mené crescendo ces derniers mois pour être prêt le jour J. Que si Rolling d’Héripré, qui n’était pas prévu, était finalement confié à Jean-Michel Bazire c’est qu’il avait une première chance. Que si Qwerty ne courait finalement pas, c’est que les favoris étaient trop durs à battre… A côté de cela, la seule présence de quelques-uns était pour eux une récompense, sans espoir d’obtenir quelque résultat que ce soit… Et l’on classait facilement Oyonnax et Quaker Jet dans cette dernière catégorie… eux qui ont finalement pris les deux premières places !
Ce résultat doit rappeler le parieur à l’humilité. Je pense l’avoir déjà écrit, il ne faut jamais parier plus que ce que l’on a le droit de perdre. Mais revenons à la course en elle-même. Je vous suggère de la regarder à nouveau, en visualisant (il en existe d’autres, plus longues, sur le net, mais celle-ci a le mérite d’une excellente qualité d’images qui permet de la visionner « plein écran »), et en recherchant, du début à la fin, le 6 et l’as (les deux futurs premiers) dans le peloton. D’abord, à l’écoute, vous remarquerez au niveau des commentaires qu’ils ne sont jamais cités, sauf à l’ultime fin de course. Ensuite, à y bien regarder, ils font toute la course, Oyonnax (casaque rose) dans le sillage de Quaker Jet (on voit bien son numéro 1 de côté, puis sa toque bleue et jaune de face), relativement près de la tête, toujours couverts, et dans le deuxième couloir, donc sans risque d’être enfermés. A l’inverse, tous les favoris ou presque font des efforts invraisemblables dans la course pour tenter de se placer, soit sans y parvenir, soit au prix d’une telle débauche d’énergie qu’elle se paye ensuite. A bien regarder la course, le résultat n’est plus une surprise, ce sont les deux meilleurs parcours qui ont réussi le jumelé gagnant. En d’autres termes, quand des chevaux parviennent à être au départ d’un prix d’Amérique, ils ont tous la qualité de vainqueurs potentiels, à condition d’être bien menés. Sébastien Ernault et Pierre Vercruysse sont d’excellents drivers, ils l’ont prouvé une nouvelle fois, et ce sont peut-être eux, tout autant que leurs trotteurs, qui ont fait affiché ce jumelé ordre record chez , de plus de 8 500 euros !
Voilà une expression du jargon hippique d’une actualité brûlante, après le Prix d’Amérique 2010 que nous venons de vivre ! Je vous avais déjà parlé de l’expression « pour les amateurs d’outsiders », prenant en compte des chevaux avant leur course… « A une cote d’outsider » se dit de son côté des chevaux ayant gagné leur course à très forte cote. Le plus souvent, ce genre de chevaux sont des chevaux plus ou moins réguliers dans les bonnes performances mais rarement gagnant, et se trouvant au départ d’une course où figure au moins un énorme favori. En battant ce, ou ces, favori(s), il fait afficher à l’arrivée une cote sublime qui ravit le parieur, la fameuse « cote d’outsider ».
L’exemple du jour est des plus marquant, c’est donc Oyonnax, vainqueur du à une cote astronomique de 172/1 (Pmu) ou 157 (Zeturf). Le vainqueur à cote d’outsider, c’est quelque part le fantasme du turfiste. La logique voudrait que l’on parie plus sur un cheval « sûr », et juste une piécette au passage sur quelques chevaux à grosse cote, au cas où… Dans le cas de courses particulièrement huppées, tel le prix d’Amérique, il est extrêmement rare qu’un outsider gagne. En tout cas à une telle cote ! Sans doute les parieurs auraient-ils préféré une arrivée plus conforme aux prévisions, mais quelque part, c’est aussi ce genre d’arrivées qui fait la saveur des courses. N’en déplaise aux matelassiers, s’il n’y avait pas de temps un autre un vainqueur à cote d’outsider, les courses deviendraient tristes, non ?
Moi Tarzan, joueur depuis de longues années, je suis là pour vous donner toutes les clefs pour comprendre le monde passionnant du turf et échanger quotidiennement avec vous !