Chevaux de Légende — 29 avril 2011
Gladiateur

Ah, je crois que j’ai réussi mon coup, le titre de l’article vous interpelle n’est-ce pas ? Vous vous dites : « Gladiateur, voilà un nom qui ne me dit rien pourtant… » alors que vous pensez avoir une culture hippique correcte… Seulement voilà, pour notre rubrique consacrée aux chevaux de légende, j’ai donc été cherché ce Gladiateur aux sources du galop français : il est né en 1862… La Tour Eiffel n’existait pas encore, nous étions gouvernés par Napoléon III…

Les courses de chevaux étaient alors prisées par la « haute » société, et Gladiateur appartenait au comte Frédéric de Lagrange, un industriel.

La vie commence mal pour Gladiateur puisque, poulain, il se trouve piétiné. Il en garde des séquelles, mais il prouve rapidement que son patronyme n’est pas usurpé puisqu’il se relève et devient dominateur en courses. Et cela, avec du mérite, car cette carence physique presque initiale lui vaudra toute sa carrière d’être moins entraîné que les autres. En fait, sa pointe de vitesse était particulièrement acérée, mais il ne pouvait endurer un effort trop soutenu et surtout répété.

Dès l’âge de 2 ans, il participe à 5 courses, et les remporte toutes : le voilà qualifié pour se présenter au départ des épreuves les plus prestigieuses. Celles-ci, à l’époque, n’existent pratiquement qu’en Angleterre, Gladiateur franchit donc la Manche à 3 ans. Au cours de la saison, il remporte les 2000 Guinées Stakes (face à 21 adversaires !), puis le Derby Stakes (davantage connu chez nous depuis sous le nom de Derby d’Epsom). Gladiateur était le tout premier cheval français à gagner l’une et l’autre épreuve. Les Anglais, vexés et impressionnés, le surnommèrent le « vengeur de Waterloo ». En France, à Longchamp, le Grand prix de Paris avait été créée 1863, Gladiateur le remporta en cette année 1865, décidément exceptionnelle pour lui. Les gazettes de l’époque rapportent qu’une foule de 150 000 personnes s’étaient déplacées à l’hippodrome de Longchamp pour applaudir celui qui avait défait les Britishs chez eux ! Gladiateur ne s’arrêta pas là, et paracheva cette année fantastique par une chevauchée qui le fut tout autant dans le Saint-Leger (à nouveau en Angleterre donc). L’histoire des courses retiendra que le tout premier cheval à avoir réalisé la triple couronne 2000 Guinées – Derby d’Epsom – Saint-Leger était français, et s’appelait Gladiateur

En 1866, à 4 ans, année où il resta invaincu, Gladiateur réalisa un exploit incroyable à Ascot, pour la Gold Cup, devançant son dauphin de… 40 longueurs !

Vous me connaissez, chers lecteurs, j’ai fouiné sur internet pour trouvé le plus de renseignements possibles sur ce cheval. Je ne sais malheureusement rien de sa fin de carrière (est-il resté invaincu ? je ne peux pas répondre), ni de ses qualités d’étalon… En revanche, j’ai trouvé un passage d’un livre écrit en 1867 et signé Henri Rochefort, intitulé « les Français de la décadence », dans lequel l’auteur constate avec une certaine aigreur tout l’intérêt porté par le peuple aux courses de Gladiateur, alors qu’il existait selon lui des sujets plus sérieux. Je vous cite la source : http://lescocodes.blogspot.com/, et je vous laisse la curiosité de lire son propos, qui démontre entre les lignes tout l’engouement suscité Gladiateur à son époque.

Et maintenant, sauriez-vous répondre aussi catégoriquement « non » à ma question posée en titre que vous ne l’auriez fait avant la lecture de cet article ?

Notre illustration représente Gladiateur, et est issue du blog http://lescocodes.blogspot.com/, qui lui-même attribue la photo à « Photographie L. Cremière. © Collection L. D ».

Publié par Tarzan

4 Commentaires

  1. Bonjour,
    merci pour cet article, ci-après un lien concernant la fin de vie du champion http://www.lexippique.fr/definition-hippique-courses_gladiateur_00972_037_G.html

  2. Bonjour,
    D’abord je voulais vous féliciter sur vos portraits car peu de gens du monde des courses en France le font. Ils ont plus tendance à parler d’eux mêmes que des chevaux… De plus, vous parlez de chevaux de courses dans les trois disciplines ce qui est assez rare et vous êtes assez bien documenté. En ce qui concerne Gladiateur, je peux tout à fait vous renseigner sur son devenir comme étalon car il a été exporté en Angleterre. Il n’a pas donné de grands vainqueurs mais quelques uns de ses produits par leur descendance ont eu une influence certaine sur l’élevage mondiale.

    Gladiateur est entré au Haras de Dangu dans l’Eure en 1867 chez son éleveur le Comte Frédéric de Lagrange. Il y effectua quatre saisons de monte. En 1870, la France fut envahie par les Allemands pendant la guerre franco-prussienne. C’est à cette époque que le Comte de Lagrange dispersa son élevage. Le 3 septembre 1870, il envoya un groupe de chevaux pour les ventes de Tattersalls en Angleterre dont faisait partie Gladiateur. Celui-ci fut acheté pour 152 250 F par William Blenkiron Jr de Middle Park Stud à Eastham où le fils de Monarque effectua la monte jusqu’en 1876, année de sa mort (Euthanasié car il souffrait d’une grave affection naviculaire qui l’a handicappé toute sa vie).

    Bien qu’il ait déçu au haras n’ayant jamais réussi à produire un grand vainqueur ni à péréniser sa lignée, Gladiateur a eu tout de même un impact certain sur l’élevage mondial. Donc, contre l’avis de certains qui le jugèrent comme un étalon médiocre sans avoir sûrement fait les recherches nécessaires sur sa production et leur influence, j’espère pouvoir rendre hommage à cet oublié de la grande époque grâce à ce qui suit. Pour faire « court », ses principaux produits ont été :

    GRANDMASTER (1868) (GB)
    N’a pas couru – Exporté yearling en Australie, il y fut un étalon influent qui a produit aussi bien des sprinters que des stayers de grande classe dont Espiegle (AJC Epsom Hp), Gibralter (AJC Derby, VRC St Leger), Sting (Adelaide Cup), Stanely (Adelaide Cup), …
    Sa fille Grand Lady (1891) est la 4ème mère de l’étalon américain Double Jay (1944) (Balladier) (Leading Broodmare Sire USA 1971, 1975, 1976 et 1981), lui-même père de mère de Nodouble (1965) (Noholme II) (Leading Sire USA 1981) qui à son tour donna la mère de Smart Strike (1992) (Mr Prospector) (Leading Sire USA 2007 et 2008) dont le fils Curlin a été Champion des 3 ans aux USA en 2007.
    Double Jay est également le père du grand champion John Henry (1975) (Ole Bob Bowers) (American Champion Turf Male 1980, 1981, 1983 et 1984 – American Champion Older Male 1981 – Horse of the Year 1984) totalisant 11 victoires de groupe 1 dans sa carrière avec 6 597 947 $ de gains !!!

    FAIR MAID OF KENT (1868) (GB) est la mère de Frigate (1878) (Gunboat), excellente jument d’obstacle qui courut 9 fois le Grand National de Liverpool, le gagna en 1889 et fut 3 fois seconde.

    LORD GOUGH (1869) (IRE) a fait la monte en Irlande chez James Daly où il a été un étalon très influent en plat comme en obstacle. Il est le père de Hasty Girl (1875) qui est la grand-mère de l’irlandais Fariman (1900) (Gallinule), connu pour avoir été un fameux père de mères dont la grand-mère de l’américain Relic (1945) (War Relic) qui effectua la monte avec succès chez François Dupré où il donna de nombreux vainqueurs et étalons. Relic sera élu Leading Broodmare Sire FR 1965 grâce aux performances de Reliance II (Tantième) (Seulement battu par Sea Bird)

    Lord Gough est également le père de mère de :

    1) Bendigo (1880) (Ben Battle) (Cambridgeshire et Lincolnshire Hps, Eclipse Stakes, Champion Stakes), père de Black Cherry (1892) qui est la grand-mère du grand chef de race Blandford
    2) Kilwarlin (1884) (Arbitrator) (St Leger Stakes), le père d’Ogden (1894), exporté yearling aux USA où il a été Champion des 2 ans puis Leading Juvenile Sire USA 1914. Ogden a ensuite produit The Finn (1912), élu Leading Sire USA en 1923 grâce à son fils Zev (1920) (Champion des 2 et 3 ans USA), record mondial des gains en 1923 surpassant ceux de Man O’War. Ce record tiendra pendant 10 ans et sera battu par Gallant Fox en 1930. Après avoir remporté le Kentucky Derby, Zev affronta l’anglais Papyrus (Vainqueur du Derby d’Epsom la même année) dans un match mémorable à Belmont Park où il s’imposa de 5 longueurs.
    3) Eremon (1900) (Thurles), vainqueur du Grand National de Liverpool en 1907 par 6 longueurs.
    4) Lalla Rookh (1904) (Hackler), la grand-mère de Sir Cosmo (1926) (The Boss) (July Cup) dont le fils Panorama (1936) resta invaincu à 2 ans et fit preuve d’une vitesse exceptionnelle. Sir Cosmo restera aussi dans les mémoires pour avoir été le père de mère de l’américain Round Table (1954) (Princequillo) (Horse of the Year USA 1958 – Leading Sire USA 1972)
    5) Ebor (1905) (Hackler) a été Leading Sire JPN 6 années consecutives de 1924 à 1929

    HIGHBORN (1870) Etalon en GB
    Père de Dresden China (1876) (Doncaster Cup, Goodwood Cup, Great Yorkshire Hp), la mère de Porcelain (1884) (Beauclerc), gagnante classique des 1000 Guineas.
    Père de High Water (1880), la 4ème mère du tchèque Kulpin (1921) (Sanskrit) (Derby yougoslave)
    Père de Upper Crust (1889), la 5ème mère de The Fossa (1957) (Jena II) (The Grand Sefton Chase 1965, Scottish Grand National 1967)

    KEEPSAKE (1873) est la 3ème mère de la grande championne Kizil Kourgan (1899) (Omnium II), lauréate pour son éleveur Evremond de Saint Alary de la Poule d’Essai des Pouliches, du Prix de Diane, du Prix Lupin et du Grand Prix de Paris avant de produire le légendaire Ksar (Bruleur) auteur lui-même du remarquable Tourbillon qui fera toute la gloire de l’élevage Boussac

    IL GLADIATORE (1874) Vainqueur de l’Ebor Handicap (2800 m) Etalon en GB
    Père de Omphale (1882), la mère de Camors (1887) (Edward The Confessor), exporté en Argentine où il a remporté le Gran Premio Carlos Pellegrini et où il fut père de vainqueurs.

    That’s All Folks !!!!

    Si vous êtes intéressé par des photos de Hyères III, je peux vous en fournir. Pourtant elle a été une sacrée jument. En France, on a tendance à avoir la mémoire courte ce qui n’est ni le cas en Angleterre et surtout aux Etats Unis où vous pouvez trouver une large documentation sur les anciennes gloires du turf.

    Cordialement

    • Bonjour,

      merci beaucoup pour votre commentaire qui me va droit au coeur, et qui plus est extrêmement bien documenté. En effet, je n’ai jamais pu illustrer l’article sur Hyères III avec une photo libre de droit, je suis donc largement preneur – tarzan@zegagnant.fr, précisez-moi la source de la photo que je puisse l’indiquer – Et oui, j’ai remarqué, lors de mes quêtes d’infos, qu’il était souvent plus facile de trouver de la documentation en anglais qu’en français, preuve d’une mémoire plus intense, voire institutionnelle, dans les pays anglo-saxons.

      Tarzan, rédacteur de ZeGagnant

  3. Votre titre interpelle et il se trouve que je suis d’accord. En toute objectivité. Gladiateur était certes d’un autre temps mais ce qu’il a réalisé notamment quand il gagna les 2000 guineas était exceptionnel au sens premier du terme. Il fut en plus capable de gagner du mile jusqu’aux courses de stayer… On ne verra plus jamais cela. C’est très probablement le plus grand pur sang français en effet. En tant que grand passionné des courses je regrette des fois de ne pas avoir vu plus de champions évoluer devant mes yeux mais il m’aurait fallu plusieurs vies. J’aurais par dessus tout voulu voir courir Gladiateur. Je croise toujours son regard à l’entrée de Longchamp avec respect.

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