Parmi les fans de la page Facebook de Zeturf, le profil de Sylvie Parent-Ricard m’a attiré l’œil avec ces quelques lignes « entraîneur de chevaux de courses au galop, licence pro France Galop ». Je l’ai donc contactée pour qu’elle puisse vous expliquer, chers lecteurs, à travers sa propre expérience, comment on devient entraîneur de chevaux de course, et elle a eu l’amabilité de se montrer très disponible pour me répondre.
Pouvez-vous nous raconter comment vous est venue la « passion cheval » ?
Elle m’est venue car j’habitais Maisons-Laffitte… Et parce qu’on m’a offert un pur sang. Et un bon, un gagnant de groupe en obstacles. De fait, j’ai eu envie de le monter en courses. Et puis j’avais des amies possédant également un ou deux purs-sangs et nous avons décidé ensembles de mettre nos chevaux en pension à Maisons-Laffitte. J’ai eu une licence de cavalière, puis mon permis pour entraîner. J’ai profité à l’époque de l’expérience de grands entraîneurs de chevaux de galop, comme John Fellows ou Jacques Foresi. Après 5 années, je suis partie à l’étranger, en m’inscrivant au jockey-club de Macao. Là, j’ai pu apprécier le travail des entraîneurs de Hong Kong, très différent de celui que j’avais connu. Cela m’a ouvert l’esprit sur une manière différente d’entraîner.
C’est-à-dire ? Pouvez-vous préciser par un exemple ?
Ce sont des chevaux spécialisés sur le mile, qui tirent beaucoup. Leur entraînement est soutenu, fondé sur la vitesse, les chevaux courent souvent à l’entraînement, avec des repérages de santé : on mesure leurs pulsations avant et après l’effort à chaque fois, on obtient ainsi une courbe, ce qui permet de les engager à bon escient. Un excellent système, « à l’américaine », avec des résultats à la clé, encore relativement peu utilisé en France.
Et après Macao, vous êtes revenue en France…
Oui, avec l’ambition de devenir entraîneur public, c’est-à-dire d’obtenir le permis d’entraîner d’autres chevaux que les miens. Pour cela, il y a un examen à passer, avec des conditions à remplir. Il faut justifier de 2 années de travail comme salarié, et présenter une expérience de 5 années d’entraînement pour son compte, avoir le niveau bac, avoir eu au minimum 20 partants par an sur les 5 dernières années en ayant obtenu 20 places ou victoires sur cette durée. Un dossier est ainsi constitué, qui est étudié par une commission de France Galop pendant deux mois… Il y a même un contrôle des renseignements généraux pour vérifier la probité du candidat ! Une fois le dossier accepté, l’examen d’une journée consiste en 120 questions à choix multiple, écrites et orales. Il ne faut pas avoir commis plus de 30 erreurs. Ces questions portent sur le code des courses, la typologie, la santé du cheval… Ensuite, une fois reçu, le candidat suit un stage de 5 semaines à Chantilly – il reçoit des cours de gestion sociale sur le droit des salariés notamment, de gestion économique, de santé du cheval comportant tant le bien-être animal que les objectifs sportifs… A l’issue, un nouvel examen, auquel il faut avoir la moyenne. On termine par un oral pendant lequel il faut expliquer son projet d’installation comme entraîneur de chevaux de course.
Je suppose qu’il faut disposer d’un minimum de moyens de pour entrer dans cette profession ?
Oui, c’est d’ailleurs prévu dans les textes, il faut justifier (avoir la somme sur son compte, mais sans qu’elle soit immobilisée) de 4 600 € pour entraîner 5 chevaux, plus 3 000 € par cheval supplémentaire avec un maximum de justification de 15 000 €. Il s’agit des sommes considérées comme minimales pour se lancer dans la profession. Dans les faits, c’est difficile – même si ça n’est pas impossible – d’avoir un cheval avec des chances de gains à moins de 10 000 €. Pour ma part, je ne suis qu’un petit entraîneur, donc j’essaye de savoir choisir mes investissements.
Parlez-nous un peu de votre carrière d’entraîneur public…
En ce moment, elle est plutôt entre parenthèses, car c’est très difficile de concilier vie familiale et métier d’entraîneur quand on est maman de deux filles. J’espère néanmoins pouvoir revenir dans un avenir proche. Mais j’ai déjà eu quelques satisfactions, par exemple l’année dernière avec Alkinoos, un bon petit cheval que j’ai su engager à bon escient dans le sud-ouest où je suis installée désormais.
« Engager à bon escient », voilà qui peut intéresser les parieurs qui nous lisent. Auriez-vous des conseils à leur prodiguer ?
Bien sûr de repérer les grands entraîneurs, surtout dans les maiden et les grandes courses, courses (de groupe ou quintés). Mais je pense que le plus plaisant est encore de regarder les valeurs des chevaux, de vérifier leurs références dans les handicaps divisés, savoir s’ils ont couru en première épreuve ou deuxième voire troisième… Ou, plus simple, d’aller voir dans les réclamers s’il n’y a pas un cheval avec une valeur bien plus grande que celle des autres. Car même s’il n’est pas au top, diminué physiquement ou autre, un cheval avec une grosse valeur de plus que les autres terminera toujours – ou presque – devant !
Publié par Tarzan
