
Alors je suis ravi ! Je pose le crayon, et je me contente de lire, et d’apprécier. Comme l’avait déjà fait Frédéric en des circonstances très émouvantes (ici), cette fois c’est Mariano qui prend la plume, pour exprimer son ressenti à propos de l’étude des chronomètres réalisés lors des courses de plat, et de l’utilisation que pourrait en faire le parieur. Comme c’est un sujet que nous n’avons pas encore abordé, nous le laissons volontiers exprimer son opinion. Voici donc le texte de Mariano (de son pseudo Potri-pe lors de ses interventions que le ou en commentaires ici sur ZeGagnant) :
Le chrono et les courses plates, ou pourquoi ça ne marche que rarement !
A priori les choses semblent simples : supposons qu’un cheval portant 57,5 kgs réalise 1’13 sur 1200 mètres en ligne droite à Deauville, aucun de ses adversaires du jour n’ayant approché ce chrono, il suffit de le remettre pour la course suivante non ? Hé bien non ! La course du jour a lieu (sur la même distance) mais à Maisons-Laffitte…
C’est là que commencent les problèmes… Configuration de la piste, état du terrain, poids porté, déroulement de la course… Autant d’éléments qu’il est impossible de mettre en équation… Revenons à la course témoin : comment a-t-il gagné ? De bout en bout ? Venu à la fin ? A-t-il repoussé des attaques ? A-t-il été « coupé en deux » pour gagner ? Si le jockey avait poussé davantage, aurait-il gagné encore plus facilement ?
En Angleterre, le maître du chrono s’y prend comme suit : il prend en compte le chrono de base pour une course donnée (ces chiffres sont fournis par le Racing-Post). Attention ! Pas le chrono record ! Le « standard time » ; ensuite, il se perd dans des calculs byzantins afin de déterminer le « track bias » c’est-à-dire le différentiel théorique entre les hippodromes ( ! ), il y ajoute des calculs encore plus ardus afin d’établir la différence des chronos par rapport à l’état du terrain…Et reporte le tout sur le chrono de base auquel il attribue la valeur de 100… Et pronostique les chevaux qui s’approchent ou se sont rapprochés de cette valeur 100… Le nom du bonhomme est Dave Edwards et sa rubrique c’est Topspeed… J’ai eu l’occasion de le rencontrer à Trouville pendant le meeting de Deauville, et j’avoue qu’il m’avait convaincu… Pauvre de moi ! J’ai, pendant des nuits, établi plus de 3000 temps de base et +/- 650 chevaux qui devraient gagner lorsque les conditions étaient remplies… Hé bien en cette maudite année 1999 j’ai touché 1 gagnant (!!!!!!!) et je suis rentré en Belgique raide comme un passe-lacet… J’ai revu l’artiste en 2000… Et lui ai raconté mes déboires ; j’ai eu deux réponses : ça ne marche pas toujours (j’avais remarqué, merci) et le pire , c’est qu’en France ça marche encore moins en raison du style de courses « à la française » il m’a donc conseillé de déterminer le plus de chronos possibles sur les 400 derniers mètres, rejoignant ainsi la théorie de l’entraîneur Jack Ramsden qui disait « si un de mes chevaux ne fait pas les 400 derniers en moins de 23 secondes, c’est qu’il n’est pas prêt ». J’étais remonté à bloc pour la saison 2000… Je n’ai pas touché UN gagnant à Deauville… Plus tard j’ai compris pourquoi : la raison est bête comme chou : les 400 premiers et les 400 derniers sont inversement proportionnels ! Alors amis turfistes, jouez comme vous l’entendez mais ne me parlez pas de chrono.
Potri-pe
NB : Merci beaucoup Mariano (là c’est Tarzan qui reprend la parole) pour ce témoignage. Bon, ça ne plaira peut-être pas aux auteurs des théories évoquées, mais au moins cela résume par l’exemple ce que nous disons depuis l’ouverture de ce blog : il n’y a pas de raccourci logique ou mathématique qui permette de trouver une bonne combinaison, mais tout un ensemble de considérations, que nous énumérons une par une sur . Au passage, si, comme Mariano, vous remarquez qu’un sujet qui vous tient à cœur n’est pas évoqué dans ces colonnes, il ne faut pas hésiter à m’écrire sur ma boîte mail, je réponds toujours !
(cc)

